Revue de presse

Exposition "Nature de Graveurs"
Le Télégramme, 22 janvier 2015

Philippe Le Stum, conservateur du Musée breton est allé à la rencontre des graveurs d'aujourd'hui. Pour la première fois dans un musée, une exposition porte son regard sur les créations gravées d'aujourd'hui inspirées par la nature bretonne. Un événement qui devrait révéler au public la qualité de la production en Finistère.
Le Musée breton a la collection d'estampes à thème régional la plus importante de Bretagne et les dernières expositions consacrées à cet art ont rencontré plus qu'un succès d'estime auprès du public. « Cela ne peut que nous encourager à continuer dans cette direction », souligne Philippe Le Stum, conservateur du Musée breton. « L'idée est aussi que ce fonds, il faudra bien le développer comme on l'a fait pour d'autres domaines, comme le costume, avec l'acquisition de pièces de Pascal Jaouen ou la céramique. Un musée doit aussi se poser la question de la création sur son territoire », poursuit ce dernier.

« Un travail de reportage »
Pendant un an, il est allé à la rencontre de ces graveurs dont l'œuvre est ancrée dans une certaine réalité finistérienne. « On a fait un travail presque de reportage et on a sélectionné une vingtaine de graveurs », précise Philippe Le Stum, surpris de la qualité de la production, et qui entend bien poursuivre ce travail d'enquête et donner des prolongements à cette première exposition. « C'est une exposition particulière car on investit un terrain qui ne nous est pas familier », poursuit le commissaire de l'exposition qui sera ponctuée de rencontres avec ces graveurs d'aujourd'hui, les dimanches des graveurs, et d'ateliers. Inspirés par la force des éléments L'exposition présentée en quatre parties : le commencement du monde, les édens, les bestiaires et les imaginaires donne à voir un panorama des oeuvres gravées inspirées par la nature bretonne. On y trouve les paysages fantastiques du Quimpérois Yves Doaré ou ceux de Mikel Chaussepied, les linogravures du Brestois Yves Plusquellec, géologue fasciné par le Vorhor, spectaculaire entaille dans les falaises de grès de Camaret ou le triptyque « Magma » d'Annie Burel, inspiré par les pierres en forme de croix du sous-sol de Coadry à Scaër où elle travaille. La force des éléments imprègne également le travail de Serge Marzin, dans son atelier de Saint-Méen, à Lannilis, de la Douarneniste Brigitte Kernaléguen dont les « Impressions marines » font écho à l'étude des vagues d'Henri Rivière. Jean-Pierre Blaise imagine dans les formes étranges des rochers de Lesconil des personnages à qui le souffle de l'Irlandais Mog Ruith a donné vie. L'Andalou Enrique Marin ou le Quimpérois Dominique Le Page célèbrent à leur manière les monuments de la nature sculptés dans le granit des côtes de la Cornouaille.

Une nature haute en couleur.
Le peintre graveur Claude Huart installé à Clohars-Carnoët aborde avec une luxuriante palette de couleurs et la technique du bois perdu les paysages de l'Aven, des rives de la Laïta ou du Belon. Des rivages également gravés par Jean-Yves Boislève, qui lui a succédé à la direction de l'École des Beaux-Arts de Lorient. Les arbres présents dans l'oeuvre de Denise Banet sont le sujet de prédilection de la Quimpéroise Béatrice Giffo. Ils sont restitués avec une précision de naturaliste par le graveur sur cuivre Philippe Migné, quand Patrick Berthélémé s'attache à remodeler les aspects de la forêt d'Huelgoat. Grâce au procédé de la « manière noire », l'artiste Nadejda, qui fut professeur d'arts plastiques à Quimper et a installé son atelier à Penmarc'h, fait surgir tout un bestiaire de ses plaques. Le jeune Douarneniste Nicolas Lambert qui renoue avec le lien entre peinture et gravure, lui, s'intéresse aux animaux de la ferme et de la basse-cour. Quant au Berlinois Hans von Döhren, habitué du littoral finistérien, il décline en couleurs, ses estampes gravées dans le lino comme sa série intitulée « Thon rouge ». L'exposition consacre également trois grandes pages à Georges Le Fur, qui s'est forgé un langage graphique composé de onze signes qui parsèment ses estampes et s'ouvre aussi à l'univers empreint de symbolisme de Yanik Pen'du.
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Le Musée départemental breton dévoile ses secrets
Ouest-France, 13 août 2015

Dans les coulisses du Musée départemental breton. Situé dans l'ancienne résidence des évêques de Cornouaille, l'établissement se distingue par la richesse de ses collections.
Il faut d'abord pousser une lourde porte en bois. Gravir ensuite les marches de pierre d'un escalier en colimaçon. Faire de nouveau tourner une serrure. Arrivé au sommet de la tour de Rohan, au cœur du Musée départemental breton, s'ouvre alors sous les combles une pièce secrète, interdite au public. Le voyage dans le temps commence. Au sol le parquet est recouvert de poussières. Près d'une fenêtre, se dresse une grande cheminée de pierre. Sur les murs, une corniche de visages sculptés est le seul décor. « Ces visages en bois datent du XVIe siècle. Il y a notamment un visage d'homme noir, ce qui est rare pour l'époque », commente Philippe Le Stum, conservateur du musée. Les armoiries sculptées de la famille de Rohan, rappellent les origines de cette tour, édifiée en 1507, par l'évêque Claude de Rohan. Elle abrite un escalier hélicoïdal, joyaux de l'architecture Renaissance. Costumes, meubles, faïences... En redescendant dans les étages, le voyage continue. La salle des fresques abrite aujourd'hui une partie des collections du musée. Datant de la fin du XVIIe siècle, elle a été à une époque l'une des chambres du palais épiscopal. Des fresques peintes ornent les murs. Aujourd'hui visibles, elles ont pourtant été durant des décennies cachées par un lambris. C'est seulement au début des années 1990, lors de la campagne de restauration, que ce décor est découvert. Fondé en 1846, le Musée départemental breton se distingue par la richesse de ses collections : archéologie, costumes bretons, meubles, faïence... En 1911, elles sont installées dans l'ancienne résidence des évêques de Cornouaille. En 1939, un incendie ravage une partie du bâtiment. « On a gardé des pièces de monnaies qui avaient fondu sous la chaleur », raconte Philippe Le Stum.

60 000 pièces en réserve
Le musée aujourd'hui est toujours entre de bonnes mains. 19 personnes y travaillent et plusieurs gardiens protègent les collections nuit et jour. Une partie de celles-ci ne se trouve pas dans l'ancien palais épiscopal, mais dans la réserve, installée à Penhars depuis 2009. On y entre par un grand couloir qui traverse l'ensemble du bâtiment. « L'architecte l'a surnommé le boulevard des œuvres », précise le conservateur. Plusieurs tuyaux en fer parcourent le plafond et les murs. Le bruit de l'air qui y circule est perceptible. Chaque salle est maintenue à une température différente. « L'espace le plus sensible, c'est la réserve sèche, où sont entreposés les négatifs de vieilles photographies. » Près de 60 000 pièces sont conservées dans des rayonnages qui réservent quelques surprises. Au fond d'une allée, une statue d'un grand diable rouge, yeux verts et sourire aux lèvres, est dissimulée derrière un meuble. « On voulait monter une exposition sur le diable en Bretagne, on avait donc fait venir cette sculpture qui est normalement utilisée lors des Gras à Douarnenez », indique le conservateur. La réserve est un lieu de stockage, mais également de restauration et de traitement. Dans l'un des ateliers, de gros sacs en plastique argenté sont posés sur le sol. « Ces poches permettent de réaliser un traitement sous vide. On y met les pièces, on retire l'air ; les parasites et champignons en manque d'oxygène meurent », explique le conservateur. Le traitement peu durer de quelques heures à plusieurs mois. Dans une autre pièce, un studio permet de photographier chaque objet qui entre dans les rayonnages.

La politique d'acquisition
Le Musée départemental breton continue d'acquérir des pièces. Pour enrichir son fonds, il dispose d'un budget : entre 70 000 € et 90 000 € par an, versés par le Département. Les équipes du conservateur repèrent les biens dans des galeries ou lors de ventes aux enchères. Tout projet d'achat est présenté devant une commission de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Si celle-ci donne son feu vert, le musée peut recevoir parfois, des subventions supplémentaires de l'État et de la Région. « On cherche toujours à négocier au maximum le prix », assure Philippe Le Stum. Certaines pièces arrivent dans les salles d'exposition après avoir été données ou léguées par des particuliers, qui souhaitent ainsi les protéger. « Les collections du musée sont inaliénables, rappelle le conservateur. On peut prêter des œuvres, mais en aucun cas les vendre. Elles restent ainsi pour l'éternité. »

Alban MÉRY DE MONTIGNY